Hospitals of the world

IHF (International Hospital Federation) will take part in Taiwan next November. link to website

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Une nouvelle positive

L'1dex, blog valaisan a pour une fois écrit une nouvelle positive. Cela méritait d'être souligné. A 10 ans, une petite Indienne gère une bibliothèque pour les enfants de son bidonville 15 mai 2017 Redaction 1dex                                         … Lire la suite de Une nouvelle positive

Fondation Barry: pour que la légende continue

La Fondation Barry située à Martigny (Valais/Suisse) a fêté ses dix ans d'activité en juin 2015. 40 personnes dont 12 gardiennes travaillent pour cette Fondation suisse unique qui vise à perpétuer l'élevage du chien, mondialement connu, du Saint-Bernard. La Fondation tire son nom du célèbre chien Barry qui a sauvé 40 personnes au col du Grand St-Bernard entre 1800 … Lire la suite de Fondation Barry: pour que la légende continue

Why we need constructive journalism

What is needed today is constructive journalism. Every day people can hear, watch and read a lot of unhappy news at the front page stories all over the world. These bad news make the reader feel passive and helpless. But a new wawe is growing now worldwide to promote constructive journalism and positive news. Wondernow.org … Lire la suite de Why we need constructive journalism

Kid President: un enfant malade donne l’exemple

Un enfant atteint d'une maladie des os montre l'exemple pour un monde meilleur Robbie Novak (born 2003), better known by the nickname Kid President, is an American comedian, motivational speaker, TED speaker ("Inspirer"), and a YouTube sensation, interviewing Andrew WK, Pen Ward, Rainn Wilson, and others. He obtained an interview with Josh Groban after an … Lire la suite de Kid President: un enfant malade donne l’exemple

Wondernow: une nouvelle maison pour Ande

Ande Surau: «Je n’ai pas dormi cette nuit-là»

Située sur la ceinture de feu du Pacifique, l’Indonésie subit une forte activité volcanique et de fréquents séismes dont deux particulièrement destructeurs dans les environs des villes de Padang (île de Sumatra) et Jogjakarta (île de Java). Dans ces deux régions culturellement très différentes, Caritas Suisse mène un vaste programme de reconstruction à Padang Sago et plusieurs projets à Pengkol. Reportage au cœur de l’Indonésie.

 

 

Caritas •Planète solidaire» 3/10. Version courte. Article Planète en pdf

Texte: Grégoire Praz;  Photos: Eng Hiong Low

Sur l’île de Sumatra, en pleine forêt tropicale, Padang Sago est une région pauvre du district de Padang particulièrement touchée par le séisme de 2009 qui a fait 1117 victimes (voir encadré). Plus de 80% des maisons ont subi des destructions à Padang Sago à la suite du tremblement de terre. De nombreux villageois vivent encore dans leur maison à moitié détruite au péril de leur vie et d’autres ont trouvé refuge chez des membres de leur famille ou dans des abris provisoires. La plupart des habitants de cette région sont pauvres. Ils vivent comme travailleurs journaliers dans l’agriculture, comme tailleurs, chauffeurs ou pratiquent de petits travaux agricoles. Le revenu moyen est de moins de 100 francs suisses par mois. La plupart n’ont pas les moyens de commencer à réparer leur maison.

 

«J’étais très effrayée»

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Elle porte un petit bonnet en laine sur sa tête et nous confie en souriant: «J’ai trois enfants, sept petits-enfants et même deux arrière-petits-enfants. Je m’appelle Surau, qui signifie maison de prière dans notre langue, parce que je suis née dans une mosquée. Elle réalise que sa maison est détruite et se dit: «J’ai pensé à ce qui allait m’arriver, ma maison était détruite. J’ai senti une grande tristesse m’envahir, j’ai pleuré. Je n’ai pas pu dormir cette nuit- là.»

2009: LE SÉISME À SUMATRA   

Avant le séisme, Ande avait trois vaches, cinq chèvres et plusieurs poulets. Ce sont ses seules sources de revenu. Aujourd’hui, il ne lui reste qu’une vache, deux chèvres et quatre poulets. Elle désire plus que tout pouvoir reconstruire sa maison: «J’ai vendu une vache pour réparer le toit et trois chèvres pour acheter des briques. Mais je n’ai pas les moyens d’acheter plus de matériel et de commencer à réparer ma maison». Les briques se trouvent entassées à côté de sa maison. Ses enfants ne peuvent pas l’aider: «Ils sont aussi pauvres et n’ont pas d’argent pour leur propre famille. Ils ne peuvent malheureusement pas m’aider. Comme je n’ai pas d’argent pour reconstruire ma maison, je suis obligée de laisser le matériel entassé à côté de ma maison. Je pensais pouvoir la réparer mais cela me coûterait trop cher. Je ne peux plus vivre dans mon ancienne maison, j’espère pouvoir réutiliser les briques que j’ai déjà achetées pour la nouvelle maison que Caritas a promis de construire.» Ande nous confie devant sa maison sérieusement endommagée: «C’est la maison de ma famille. J’avais 12 ans quand elle a été construite. Je me rappelle que j’allais chercher des pierres à la rivière pour aider à construire les murs. Cela me rend triste de voir ma maison dans cet état. Je ne peux plus y habiter».

Ande a malgré son âge des journées bien remplies. Elle s’occupe toujours de sa vache, de ses chèvres et de ses poulets. Elle prévoit d’habiter avec sa petite fille Eni Sugiharti dans sa nouvelle maison. Aujourd’hui, elle se rend chez sa voisine Diamari pour l’aider à préparer le Lamang, une spécialité de riz cuit sur le feu à l’intérieur de bambous. Cette manière de cuire le riz permet de le conserver plusieurs jours. Ande s’empresse d’aller chercher des feuilles de bananiers et d’y enrouler quelques rouleaux de riz pour nous les offrir.

Mais l’espoir d’Ande est de faire partie des premiers bénéficiaires du programme de reconstruction de Caritas Suisse qui travaille avec l’ONG indonésienne IBU (qui signifie mère en indonésien) et met en œuvre le projet. Cette fondation existe depuis cinq ans en Indonésie et s’est beaucoup engagée dans l’aide d’urgence après le séisme dans la région de Pariaman et de Padang ainsi qu’après le tsunami dans la région de Meulaboh. IBU connaît particulièrement bien la zone du séisme ainsi que ses habitants. Une équipe de 20 personnes travaillent actuellement pour IBU sur le projet de reconstruction à Padang Sago. Sept ingénieurs suivent le processus de construction de 680 maisons antisismiques de 24 m2 qui devrait s’achever en octobre 2011. Les bénéficiaires travaillent si possible sur le chantier de reconstruction de leur maison. Ils sont organisés en groupes d’entraide avec des ouvriers spécialement formés. Chaque maison d’une hauteur de trois mètres est construite en briques, elle dispose d’une pièce principale avec des renforcements en béton armé ainsi qu’une colonne centrale qui permet d’éviter que le plafond ne s’effondre en cas de séisme.Les bénéficiaires sont tout d’abord recommandés par un comité d’anciens du village de douze personnes, dont trois femmes, représentant tant les autorités éducatives que religieuses de la communauté. Le comité se rassemble plu- sieurs fois et établit une liste de bénéficiaires possibles: «Ils connaissent particulièrement bien les habitants de leur village. Nous leur transmettons les critères pour pouvoir être bénéficiaires du projet et ils nous soumettent ensuite une liste que nous examinons avec Caritas Suisse», précise Robby, responsable de projet pour IBU.

«Mon père a pu échapper de justesse à la mort»

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A Puncoruyuang, dans une zone reculée de la forêt tropicale, l’organisation IBU visite une famille de 10 personnes qui vit dans une maison en grande partie détruite par le tremblement de terre. Cette famille fait partie des bénéficiaires potentiels mais l’organisation IBU désire vérifier les conditions de vie de la famille et les destructions subies par la maison. Zainar, 36 ans, aînée de la famille nous accueille. Elle porte sa fille Intar de quatre ans (qui signifie diamant en indonésien) dans ses bras. Les murs de la maison sont constitués de tôles rouillées qui proviennent du toit de la cuisine. L’intérieur de la maison est sombre, une femme malade est couchée sur le sol, c’est la mère de Zainar. Elle souffre de problèmes intestinaux. Un homme, torse nu, à la mine hagarde se tient sur une couche. C’est Gulo, le père de Zainar. Employé du ministère de l’éducation à la retraite, il touche une pension de 30 francs par mois qui est la seule source de revenu de la famille. «Lors du tremblement de terre, tous les murs de la maison ont été détruits. Mon père tentait de retenir le toit pour qu’il ne nous tombe pas sur la tête. Il a pu échapper de justesse à la mort lorsque les murs de la maison se sont effondrés. Toute la famille a dû vivre pendant 10 jours dans notre poulailler». Zainar nous montre à côté d’un amoncellement de pierres le poulailler qui tient à peine debout. Compte tenu de sa situation financière et des destructions subies par sa maison, elle a beaucoup de chance de figurer parmi les bénéficiaires.

LES MINANGKABAUS

Originaires des régions de Padang et Pariaman, les Minangkabaus constituent la plus grande société matrilinéaire au monde. Ils sont organisés en quatre clans. La terre, les biens immobiliers et mobiliers sont la propriété des femmes. Les mères les transmettent à leurs filles. Les hommes n’ayant plus rien sont contraints d’émigrer s’ils veulent faire fortune mais leur devoir est de faire profiter le village de leur réussite. Ils s’occupent également de la religion et des affaires administratives. Les enfants portent le nom de clan de leur mère et l’homme qui en a la responsabilité n’est pas le père mais l’oncle maternel. Pour le mariage, c’est la famille de la fille qui vient demander la main du garçon.

«Le monde a changé»

Au milieu de la forêt, nous sommes attirés par une maison toute blanche qui ne ressemble à aucune autre. «Douze personnes m’ont aidée à reconstruire cette maison. Quand elle était terminée, un collaborateur de Pupuk m’a recommandé d’en prendre soin et je l’ai fait! Je voulais remercier Caritas de m’avoir donné cette maison», lance Sagiyem, une veuve de 70 ans qui vit avec sa mère malade de plus de 100 ans. Sagiyem a repeint les murs de la maison, posé du carrelage sur la véranda et même de petites colonnes en bois. Elle en a fait la maison la plus belle de la région. Son fils travaille comme ouvrier agricole à Jogjakarta et lui a permis d’acheter les fournitures nécessaires pour le carrelage. «Quand le séisme est arrivé, ma maison était presque détruite. En voulant sauver ma mère lors de l’effondrement de la maison, je me suis cassé le bras et je ne savais pas comment je pouvais encore continuer à vivre. Mais maintenant le monde a changé, je suis vraiment très heureuse dans cette maison, je peux à nouveau rire et penser à l’avenir». Son voisin Ngadiso, 68 ans, loue le courage de Sagiyem et il est admiratif devant la maison de sa voisine.

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Sur un petit monticule, Sumadi, 43 ans et sa femme Sutarmi, 38 ans, vivent avec leurs six enfants dans leur maison construite en 2007 par Caritas Suisse. Sutarmi est très heureuse d’avoir reçu cette maison et elle a mis de jolis rideaux roses aux fenêtres. Une superbe cage à oiseau en bois est suspendue au plafond mais hormis deux lits en bambous, l’intérieur est quasiment vide. «Notre ancienne maison s’était effondrée, nous étions effrayés et nous ne savions que faire. A l’époque nous avions quatre enfants et plus de toit. Je travaille comme laboureur dans les plantations et parfois comme maçon. Je ne gagne que 60 francs par mois pour nourrir toute la famille et tous mes enfants vont à l’école. Je ne sais souvent pas comment tout payer mais quelqu’un là-haut dans le ciel m’aide à le faire, j’en suis sûr», lance Sumadi avec un large sourire.

Le photographe et artiste suisse d’origine asiatique Eng Hiong Low a vécu plusieurs années en Indonésie. Il connaît parfaitement plusieurs langues asiatiques dont la langue et la culture de ce pays. Il a grandement facilité les rencontres avec les personnes interviewées.

Le tremblement de terre

Le 27 mai 2006, la terre trembla à Java pendant plus d’une minute. D’une magnitude de 6,3 sur l’échelle de Richter, au sud de la ville de Jogjakarta, le séisme a fait 5800 victimes, 45 000 blessés et près de 300 000 familles sans abri. Après avoir fourni de l’aide d’urgence à plus de 4500 familles, Caritas Suisse a reconstruit 534 maisons antisismiques dans quatre villages du district de Gunung Kidul. De plus, comme l’eau est rare en saison sèche dans cette région, Caritas Suisse vient de terminer un grand projet d’approvisionnement en eau pour plus de 8000 bénéficiaires qui leur fournit plus de 30 litres d’eau propre par jour. Des programmes de soutien à la communauté comme du microcrédit et une aide à monter de petites entreprises ont également été mis en place. L’ensemble des projets de Caritas Suisse dans cette région se monte à près de 4,5 millions de francs financés en partie grâce à la Chaîne du Bonheur et au réseau international de Caritas.

gregoirepraz

Suruj- Indonésie- Innyang Low   Caritas_f_Magazin_3-10_INDONESIE3

Ande Surau: «Je n’ai pas dormi cette nuit-là»

Située sur la ceinture de feu du Pacifique, l’Indonésie subit une forte activité volcanique et de fréquents séismes dont deux particulièrement destructeurs dans les environs des villes de Padang (île de Sumatra) et Jogjakarta (île de Java). Dans ces deux régions culturellement très différentes, Caritas Suisse mène un vaste programme de reconstruction à Padang Sago et plusieurs projets à Pengkol. Reportage au cœur de l’Indonésie.

Caritas    •Planète solidaire» 3/10

Article Planète en pdf

Texte: Grégoire Praz

Photos: Eng Hiong Low

Sur l’île de Sumatra, en pleine forêt tropicale, Padang Sago est une région pauvre du district de Padang particulièrement touchée par le séisme de 2009 qui a fait 1117 victimes (voir encadré). Plus de 80% des maisons ont subi des destructions à Padang Sago à la suite du tremblement de terre. De nombreux villageois vivent encore dans…

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Purnima Majhi: 19 ans, maltraitée par son employeur à Delhi

Purnima Majhi: «J’ai vécu 2 mois dans la rue»

Purnima, abusée à Delhi
Purnima, abusée à Delhi

Article de Planète solidaire en pdf

Domestiques en Inde: un esclavage tribal

Plus de 100 000 travailleuses domestiques issues des zones tribales de l’Inde doivent travailler dans des conditions difficiles au service des riches familles de Delhi. Exploitées et souvent maltraitées par leurs employeurs et de nombreuses agences de placement illégales, elles n’ont presque aucun droit. Caritas Suisse soutient le Domestic Workers Forum en coopération avec l’organisation Chetanalaya qui leur vient en aide en les informant et les fédérant. Reportage dans la zone tribale de Jharkhand et à Delhi pour comprendre la vie de ces femmes maltraitées.

Texte: Grégoire Praz

Photos: Eng Hiong Low

Texte paru dans Planète solidaire, septembre 2012. Journal de Caritas Suisse. Version courte.

Delhi, septembre 2011.

«Une femme est morte devant moi, elle n’avait que 21 ans. Des employeurs et des agences de placement de Delhi poussent les domestiques à se suicider. Ils donnent de l’argent à la police pour qu’elle ferme les yeux. J’ai vu beaucoup de souffrances. J’ai été maltraitée et menacée moi-même. Mais je suis avocate et j’aide ces femmes à se battre avec la force de la loi», lance avec conviction et émotion sœur Leona, 58 ans, religieuse ursuline et avocate de l’organisation Chetanalaya, partenaire de Caritas Suisse pour le programme Domestic Workers Forum (DWF) en Inde (voir encadré). Cette femme de caractère, qui n’abandonne jamais, est la responsable de l’équipe de sauvetage qui vient en aide aux travailleuses domestiques maltraitées par les familles ou les agences qui les emploient à Delhi. Lorsqu’une femme est en danger, elle se rend avec une autre avocate Chatush Singh et accompagnée de la police au domicile des employeurs ou des agences qui maltraitent les femmes. «Depuis le début de nos activités en 2002, nous avons sauvé 500 filles et amené sept cas d’abus sexuels devant les tribunaux. Ce n’est pas beaucoup mais la corruption est omniprésente en Inde», précise sœur Leona.

Voyage vers Jharkand

Pour comprendre d’où viennent ces femmes employées à Delhi, nous nous rendons à Simdega. Situé au sud-ouest de l’Etat de Jharkhand, Simdega est un district très pauvre de plus de 500 000 habitants dont 94% vivent de l’agriculture. Trois quart de la population fait partie des adivasi (habitants primitifs) de la tribu des Santâls et victime de discrimination des hautes castes et des riches propriétaires fonciers.

Située à plus de deux heures de Simdega, seule ville du district, le village de Paikpara est très isolé et les habitations dispersées. Il faut emprunter des routes en terre battue dans une forêt épaisse. Notre chauffeur est nerveux. Il y a eu dernièrement de nombreux «carjacking» (vol de voiture avec violence) dans la région et les naxalites, des rebelles maoïstes luttant pour les droits des adivasi y sont très actifs. Notre chauffeur est nerveux, il nous dit qu’ après 18h00,  il ne veut plus conduire sur les routes de Simdega.

Le soleil se couche sur les champs de riz irisés d’un vert fluorescent. Nous empruntons à pied un chemin boueux de plus de deux kilomètres pour atteindre le village de Paikpara. Yogesh Kumar, responsable du lobbying auprès du gouvernement indien chez Chetanalaya ainsi que Maxima Ikka, 40 ans, nous accompagnent. Maxima fait partie des dix coordinatrices de zone employées par Chetanalaya pour travailler sur le terrain en contact direct avec les femmes domestiques. Enfant de ce village, elle est une ancienne travailleuse domestique qui s’est exilée à Delhi en 1997 pour aider sa famille qui rencontrait des problèmes financiers. Elle a été recueillie par les sœurs de l’Immaculée Conception dans la capitale : «Fort heureusement, je n’ai jamais été agressée à Delhi mais j’ai rencontré beaucoup de femmes qui ont beaucoup souffert. J’ai voulu m’engager pour ces femmes parce que je me sens proche d’elles, je suis aussi une adivasi».

Le parcours de Purnima

Une jeune fille aux cheveux noirs ondulés s’avance timidement vers nous. Elle porte une robe bleue marine imprimée de motifs de marguerites qui égayent un peu son regard mélancolique. Purnima Majhi, 19 ans, vit dans une famille très pauvre de sept enfants. Sa mère Binni Deni travaille la terre en culture vivrière et elle n’arrive à nourrir que deux enfants avec ses maigres récoltes de riz. Purnima est incapable de travailler et sort rarement de la maison familiale très modeste où elle vit avec sa mère, son père Bineswar Majhi ainsi que ses frères. Sa posture corporelle est comme figée. Ses bras tombent raides le long de son corps comme des morceaux de bois inertes. Elle tente de sourire mais son regard se trouble. Après  nous avoir fait visiter sa maison, elle nous confie: «J’ai travaillé dans le district sud-ouest de Delhi comme domestique pendant un an et trois mois. J’ai changé plusieurs fois d’employeurs et j’ai été battue par le directeur de l’agence de placement Ranchi Jharkhand à Saraikalekha, un quartier de Delhi. J’ai dû m’enfuir de l’agence parce qu’il me battait et refusait de payer mon salaire de 13 000 roupies (environ 230 francs suisses) pour un an et trois mois de travail. Je suis restée deux mois dans la rue. J’ai dormi à la gare, dans des abris de bus. J’ai été battue et …». Purnima semble également avoir été violée mais elle n’arrive pas encore à en parler. Psychologiquement traumatisée, elle a erré dans les rues jusqu’à ce qu’elle soit recueillie à Nizanudin par les sœurs de l’Immaculée Conception qui avertissent immédiatement le DWF. Elle est placée dans un centre de crise à Patel Nagar à Delhi. Le DWF contacte l’agence de placement qui l’avait déjà dénoncée à la police pour délit de fuite. Les collaborateurs du DWF font pression sur l’agence pour payer la somme due à Purnima et avertit sa famille. Son père vient alors la chercher à Delhi et la ramène au village. Choquée, Purnima veut quitter Delhi le plus vite possible et renonce à déposer plainte contre l’agence de placement, car en Inde, la loi oblige la plaignante à rester sur les lieux durant toute la procédure. La jeune Purnima n’est de loin pas la seule à avoir été victime de trafic d’êtres humains et de mauvais traitements.

Le système des agences de placement

En 2007, Purnima avait été recrutée dans son village par un agent appelé Shudha qui l’avait conduite à Delhi. Le système des agences de placement est très bien élaboré en Inde. L’agence de placement Ranchi Jharkhand dont le directeur avait violenté Purnima n’existe plus. C’était une agence illégale comme de multiples agences à Delhi qui ouvrent et ferment très rapidement après avoir fait un juteux bénéfice au passage sur le dos des femmes domestiques. De nombreuses agences sont d’ailleurs dirigées par des adivasi eux-mêmes qui viennent des mêmes villages dans lesquels ils recrutent.

Pour en savoir plus et comprendre l’organisation de ce trafic d’êtres humains, nous nous rendons à Jassola, un quartier de Delhi à majorité musulmane connu pour abriter de nombreuses agences de placement illégales. Une route en terre encombrée de détritus mène à un quartier grouillant d’activités, embouteillages de rickshaw, de tuk tuk, charrettes de toutes sortes. Des petits commerces occupent entièrement les deux côtés de la rue principale. Aucun écriteau n’annonce une agence de placement. Nous ressentons une grande tension et de la méfiance. Nous nous arrêtons devant le N.K. Photo-Studio. Un jeune homme avec une barbe de trois jours est assis lascivement derrière un comptoir en train de glisser précautionneusement des tirages photos dans une enveloppe. Une jeune fille portant un sari rose et en tongs s’approche, elle semble connaître le propriétaire des lieux. Les vitrines du magasin sont recouvertes de photographies kitsch de mariages, d’enfants ou encore de militaires. Nous lui demandons une adresse d’agence de placement de domestiques dans le quartier. Il nous envoie d’un geste sec de la main un plus loin en direction d’une maison de maître d’une rare richesse pour une banlieue si pauvre. Jouxtant un tas d’immondices se trouve une superbe et imposante demeure blanche avec des gardes du corps à l’entrée qui jouent aux cartes. Nous tentons d’obtenir une interview avec le propriétaire des lieux qui semble être également le chef du réseau d’agences du quartier mais les gardes du corps nous menacent et nous éloignent de la maison. Il règne à Jassola une omerta. Les devantures de la plupart des magasins du quartier  servent en effet de couverture à des agences illégales de placement de domestiques qui détiennent souvent les femmes enfermées dans des conditions effroyables dans leurs arrière-boutiques. Nous sommes priés par un homme de quitter le quartier immédiatement. Mais avant de quitter Jassola, nous repassons devant le magasin de photo et le jeune propriétaire nous griffonne à la hâte son numéro de téléphone car il gère lui-même une agence de placement illégale.

Une agence modèle

Consciente du pouvoir des agences de placement dans l’organisation du trafic illégal de domestiques, Chetanalaya tente de travailler en coopération avec certaines d’entre elles comme par exemple l’agence J.C.O Group dans le sud de Delhi. Son directeur Narender Minj, un jeune homme sympathique de 30 ans, est originaire de Ranchi, capitale de l’Etat de Jharkhand. Alors qu’il travaillait comme technicien en angioplastie dans un hôpital de Delhi, il entre en contact avec des femmes de sa région qui lui confient qu’elles sont exploitées et abusées par leurs employeurs à Delhi. Choqué par cette situation, il décide de quitter son travail et de fonder, en 2009, une agence de placement de domestiques qui aide les femmes issues des campagnes en leur donnant un endroit décent pour dormir, des habits et de la nourriture. Il veille aussi à trouver des employeurs qui respectent les droits de ces travailleuses domestiques venues des campagnes et souvent illettrées. «Je ne fais pas de bénéfices avec mon agence parce que je ne prélève pas de commission exagérée sur le salaire des domestiques et j’aide beaucoup les femmes. Je leur procure un endroit pour dormir et de la nourriture. Mais les autres agences ne m’aiment pas et j’ai été menacé de mort à plusieurs reprises dans le quartier». Narender Minj rencontre régulièrement les coordinatrices de zone de Chetanalaya qui vérifient les conditions de travail et l’état de santé des domestiques. L’agence de Narender est une exception à Delhi puisque de nombreuses agences sont illégales et exploitent bien souvent les travailleuses domestiques.

Le quartier de Noida

Nilima, 35 ans, fait partie des dix coordinatrices de zone de Chetanalaya. Elle s’occupe de la zone de Noida qui se situe au sud de Delhi dans l’Etat de l’Uttar Pradesh. C’est une région très pauvre avec de nombreux bidonvilles. Dans le village de Morna, nous y rencontrons Punita Tirpety, 28 ans, qui est mariée et a une fille de trois ans qui se prénomme Angel. Punita nous invite dans sa chambre dont les murs sont peints en vert. Elle vit ici avec sa soeur Zimma, son mari et sa fille. Punita est enceinte de neuf mois mais elle dort à même le sol pour laisser le lit en bambou à sa fille. Elle travaille depuis 2001 comme domestique à temps partiel. «Je fais partie d’un micro groupe du Domestic Workers Forum grâce auquel j’ai appris à connaître mes droits et à les faire valoir auprès de mon employeur qui me respecte. Ma situation est difficile car nous avons un revenu limité avec mon mari mais nous sommes heureux car les gens qui vivent dans ce quartier sont paisibles et s’entraident».

A quelques centaines de mètres de là, se trouve un bidonville où Sarah* une magnifique jeune fille de 12 ans vit dans des conditions difficiles. Elle n’est pas scolarisée mais peut compter sur l’aide de la famille de Sierat, 26 ans, qui habite avec son mari et son fils dans un abri fait de bâches et de bambous. Sierat est membre du DWF et responsable d’un micro groupe qui informe les jeunes filles du bidonville de leurs droits et des risques du travail domestique dans la capitale. C’est d’autant plus important que Sarah a de grands risques d’être recrutée par un agent et de se retrouver au service d’une famille aisée de Delhi.

*Le prénom a été changé.

Encadré : Chetanalaya et le Domestic Workers Forum

Chetanalaya est une organisation non gouvernementale basée à Delhi, enregistrée depuis 1994 mais fondée en 1970 pour venir en aide aux nombreux habitants des bidonvilles de Delhi ainsi qu’aux villages reculés d’Haryana. Chetanalaya atteint plus d’un million de bénéficiaires par des interventions dans de nombreux domaines dont la santé, l’aide aux enfants et la lutte contre le trafic d’êtres humains. Chetanalaya est l’organisation partenaire de Caritas Suisse qui travaille au développement du Domestic Workers Forum qui vise à fédérer, informer et conscientiser les nombreuses femmes issues notamment des zones tribales et qui travaillent comme domestiques à Delhi. Le but du projet est d’arriver à ce que 25 000 femmes participent au projet d’ici à 2013 et que 7000 en deviennent membres. Actuellement, il y a près de 1400 membres du Forum et 121 micro groupes ont été formés. Pour prévenir le trafic d’êtres humains à la source, des travailleuses sociales se rendent également dans les villages d’origine des domestiques pour informer et renforcer les structures communautaires.

Encadré: Les adivasi et les Naxalites

Les Ādivāsī (de racines sanskrites ād: origine et vās: habiter, résider) ou aborigènes de l’Inde forment une minorité importante de la population du pays. Ils sont particulièrement nombreux dans l’Orissa, le Bihar, le Jharkhand, et dans les États du Nord-Est tels que le Mizoram. Officiellement reconnus par la constitution indienne, ils sont néanmoins regroupés avec les intouchables. Les Indiens non aborigènes les considèrent souvent comme «primitifs». Les aborigènes constituent approximativement 8% de la population totale de l’Inde, soit presque 68 millions de personnes. Les Santâls – le groupe le plus large – habitent le Jharkhand.

Les insurgés maoïstes, appelés les Naxalites (du nom du village de Naxalbari où une première révolte paysanne eu lieu en 1967), sont les seuls à entendre les complaintes des paysans et des adivasi. Présents dans un tiers des districts indiens, ils contrôlent certaines régions où l’armée ne s’aventure même plus. La guerre entre rebelles maoïstes et forces gouvernementales a fait 1169 morts en 2010. Leur popularité auprès des paysans se nourrit de la dénonciation de la corruption et des expropriations.

 

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Purnima Majhi: «J’ai vécu 2 mois dans la rue»

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Domestiques en Inde: un esclavage tribal

Plus de 100 000 travailleuses domestiques issues des zones tribales de l’Inde doivent travailler dans des conditions difficiles au service des riches familles de Delhi. Exploitées et souvent maltraitées par leurs employeurs et de nombreuses agences de placement illégales, elles n’ont presque aucun droit. Caritas Suisse soutient le Domestic Workers Forum en coopération avec l’organisation Chetanalaya qui leur vient en aide en les informant et les fédérant. Reportage dans la zone tribale de Jharkhand et à Delhi pour comprendre la vie de ces femmes maltraitées.

Texte: Grégoire Praz

Photos: Eng Hiong Low

Texte paru dans Planète solidaire, septembre 2012. Journal de Caritas Suisse.

Delhi, septembre 2011.

«Une femme est morte devant moi, elle n’avait que 21 ans. Des employeurs et des agences de placement de Delhi poussent les domestiques…

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Haïdar El Ali: le messager des mangroves

    « Je veux un monde plus juste, plus  équitable. Et c’est dans ce combat quotidien avec les gens sur le terrain que nous y arriverons peut-être!" Haïdar a une force de conviction et un courage hors du commun. Pour sauver la mangrove de Casamance dévastée par l'exploitation intensive, il a réussi à mobiliser des villages … Lire la suite de Haïdar El Ali: le messager des mangroves

Les enfants des rues ont une banque

Par AFP En Inde les enfants des rues ont leur banque, pour capitaliser sur l'avenir Ram Singh, 17 ans, ne gagne qu'un dollar par jour avec les cent tasses de thé qu'il vend devant la gare de New Delhi, mais tous les soirs, après avoir remballé ses affaires, il passe à la banque déposer près de la … Lire la suite de Les enfants des rues ont une banque